Info Patronale · N° 341 · Octobre 2026
Et si la qualité des conversations devenait un levier de performance ?
Né à Fribourg, le Projet Harbour développe une application qui aide les personnes en difficulté dans les échanges oraux à progresser, conversation après conversation. Il est porté par un chercheur de l’Université de Fribourg et une dirigeante de l’industrie de la santé.
Un entretien d’embauche qui paralyse, une discussion qui dérape, le sentiment de ne jamais savoir si l’on a dit ce qu’il fallait : pour beaucoup, la conversation est une épreuve. Samy Rima, chercheur et enseignant à l’Unifr, et Marie-Liesse Le Corfec, 35 ans de carrière dans la medtech et la pharma, ont choisi d’y répondre. Leur prototype est prêt, une bêta est prévue cet hiver.
Un coach disponible à toute heure
Qu’est-ce qui a inspiré votre start-up ?
Un constat chiffré : plus d’une personne sur cinq, et un tiers des jeunes adultes, se disent mal à l’aise avec les interactions sociales. 69 % des managers ont du mal à échanger avec leurs employés. Créer du lien, rester sur un sujet ou maîtriser son impulsivité reste ardu, avec des conséquences réelles : isolement, anxiété, obstacles professionnels. Or, là où les échanges avec clients et partenaires sont critiques, beaucoup n’ont pas les outils pour s’entraîner régulièrement. Il manquait un outil fiable et toujours disponible pour acquérir des réflexes, au-delà du contenu de formation ou d’une IA générique.
En quoi consiste votre innovation ?
Harbour simule des conversations structurées par des stratégies de communication et évalue rigoureusement leur mise en œuvre, sur une base psycholinguistique. L’utilisateur choisit une situation, par exemple un entretien d’embauche, reçoit quelques méthodes concrètes, puis dialogue quelques minutes avec un partenaire virtuel. Il obtient alors un retour factuel sur des critères propres à la situation : temps de parole, questions ouvertes, écoute, alignement du ton et du vocabulaire. Il recommence, suit ses progrès et gagne en confiance. Nos algorithmes propriétaires rendent les résultats fiables et reproductibles.
Des professionnels comme relais
Qui sont vos clients ?
Avant le lancement, pas encore de clients payants, mais une longue liste d’attente pour la première version et des discussions avec plusieurs partenaires potentiels. Outre les utilisateurs en direct, nous visons les formateurs commerciaux ou de service client, les RH, les coachs, les organisations spécialisées, les universités et écoles qui préparent les jeunes à l’emploi. En Suisse, puis en Europe et au-delà.
Qu’est-ce qui vous distingue ?
Disponible 24 h/24, sans jugement, l’application propose des séances courtes et réalistes. Pour un coach, un formateur ou un thérapeute, c’est un outil d’entraînement entre deux séances, pas un remplacement. Là où d’autres solutions se concentrent sur la fluidité, le ton ou le contenu, et où un chatbot évalue selon des critères génériques, Harbour analyse la mise en œuvre réelle de stratégies adaptées à la situation et mesure les progrès d’une séance à l’autre. Pour une formation, nous définissons avec le client les stratégies utiles et développons les scénarios associés.
Tester, prouver, grandir
Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous testerons bientôt une première version auprès d’utilisateurs anglophones et francophones, sur des scénarios propres à nos marchés. Inscriptions sur project-harbour.ch. En parallèle, nous proposons aux acteurs professionnels de co-développer des scénarios et un projet pilote.
De l’université à l’incubateur
Que vous apporte Fri Up ?
Le service de transfert de technologie de l’Unifr (KTT) nous a mis en contact avec Fri Up fin novembre 2025. Depuis, l’équipe nous a aidés à postuler à des concours, a revu nos plans stratégique et financier, et travaillé sur la conformité réglementaire. Un point décisif : dans le cadre suisse et européen, notre approche de la protection des données est un véritable atout.